Le Petit Poucet

Parce qu’il n’y a pas que dans les contes pour enfants que l’on sème des cailloux.

N’appelle t-on pas l’île de Groix, « Le Caillou », face à la Grande Terre, où se sont exilés les pêcheurs à la fin du XIXème et au début du XXème, première génération d’ostréiculteurs.

Les cailloux, ça nous parle, et ça commence à Port-des-Barques.

Et de Port-des-Barques à Locoal, il n’y que quatre heures de route, après que Franck a levé les collecteurs, décollé les huîtres et triées celles-ci par calibre. On parle alors de grilles, grille de 6, grille de huit, ou de 10. Le chargement fait, l’objectif est de mettre les huîtres à l’eau, à la prochaine marée, pour qu’elles souffrent le moins possible.

C’est au point du jour, le lendemain de notre retour à la nuit presque tombée, que nous commençons notre course contre la montre. Mettre en poches un million de petits cailloux, soit environ 600 poches, avant que le jusant ne tire à lui sa couverture maritime, et que nous allions poser les poches sur les tables, prêtes et propres à recueillir la récolte des nourrissons.

Comme nous sommes un peu « fous », ou trop enthousiastes, nous avions dit oui à une équipe de tournage pour un documentaire qui devrait paraître en novembre. Fred Chesneau avait déjà passé quelques heures informelles avec nous, pour discuter de qui, de comment et de pourquoi. Et comme je n’ai jamais vu d’images sur la mise en place du naissain, ce moment si particulier de la vie des ostréiculteurs que nous sommes, j’avais pensé que, peut-être, elles avaient toutes leur raison d’être, en dehors des habituelles de la saison de Noël. L’assentiment (léger) de mon patron avait validé l’affaire.

Rendez-vous était donc pris pour cette journée, mais voilà que les jours d’avant, la nuit aussi, une certaine fébrilité à l’approche du moment nous saisissait : allions nous parvenir à tout mettre en poches (jusqu’à la livraison du naissain nous ne pouvions anticiper sa quantité) ? Allions nous réussir à mobiliser assez de monde ? ferait-il suffisamment beau pour que la mer descende ? La marée serait-elle assez longue ? arriverais-je à dissimuler mon double menton ?

Mon patron commençait à me faire des reproches d’avoir accepté (voire initié) cette équipe là : seraient-ils à l’heure ? Seraient-ils capables de ne pas rester dans nos pattes ? La sécurité de tout le monde serait-elle assurée ?

Bref, le doute nous prenait à la gorge, un peu comme à chaque fois que quelque chose d’important se trame. Mettre le naissain, ou monter sur scène, le trac serait le même.

Voit la marque des coupelles sur la coquille : elle restera toute la vie de l’huître, vers son talon, elle donne sa provenance certaine : née en mer. Certaines huîtres sont trop petites pour avoir cette marque, seule la confiance envers le producteur ou le label Ostréiculteur traditionnel et/ou N&P, ou encore Slow Food, donne la garantie de l’origine

Ils étaient tout à fait à l’heure, tout à fait prêts à supporter les changements de vents et même la pluie si elle s’était invitée à la fête !

Olivia Chiché, la réalisatrice m’a offert quelques unes de ses photos, pour que j’y sois de temps en temps, histoire de montrer que je « travaille » aussi. Elle avait souvent la tête plongée dans une sorte de chambre noire portative, en réalité plutôt des oeillères pour protéger du soleil et mieux voir l’image. Un certain calme mélangé à l’euphorie du jour a donné le tempo.

Fred a aidé à ficeler les poches en même temps qu’il posait les questions. Ensuite, toute l’équipe est venue à la marée, les vrais travailleurs et les accompagnateurs avec le petit bateau, notre Diatomée à nous

Photo Olivia

La météo a été clémente, la marée courte, mais pas assez pour nous empêcher de finir de poser toutes les poches. Aucun temps mort, beaucoup de plaisir.

La journée avançant, la sensation d’avoir fait ce qu’il fallait a détendu l’atmosphère. C’est ce qui est bien avec ce métier, quand tu as pu travailler en accord avec les éléments, tout faire en fonction d’un temps imparti dont tu ne sais pas vraiment la durée, est une récompense. Quand en plus, le ciel se plombe du « Glaz » breton, contrastant avec le vert allumé par les rayons fugaces d’un soleil joueur, alors tu as toute la satisfaction sereine d’être là où il faut.

Photo Olivia

Arrive enfin le moment où il faut savoir de quoi l’on parle. Fred est d’abord gourmand, et nos cailloux ne pouvaient pas le laisser indifférent. Quoi de mieux qu’une dégustation en plein parc ? Privilège rare, qui fait partie de nos petits plaisirs à nous, test qualité dit-on !

Nous avons semé nos cailloux, nous sommes tranquilles….jusqu’à la prochaine fois !

Ah oui ! le style de la cotte est au top de la fashion year !

1 commentaire

  1. Ravie de retrouver les news du Listrec, si joliment racontées ! Hâte de déguster les petits cailloux. Merci, merci.

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