Un bien commun en danger

Je voulais écrire sur l’eau. C’est beau l’eau, c’est poétique, c’est fluide, c’est bleu, c’est vert, c’est gris et puis parfois, c’est pollué.

Je voulais faire un article sur l’eau, alors je me suis informée sur la « loi cadre sur l’eau », une loi cadre ça encadre donc ça empêche de déborder, mais voilà.

Dès le mois de septembre, il a plu. Il n’a pas fallu deux jours pour que déjà, une station ou deux ou toutes, ne débordent. C’est facile d’accuser la pluie.

J’assiste à des réunions où j’essaie de poser des questions, j’entends les élus, j’écoute de jolies langues de bois, je m’insurge derrière mon masque, en silence parce que je ne suis pas faite de ce bois là, qui dit basta, mon arme sont les mots.

Nous avons la rare chance d’être dans un lieu de vie privilégié, en zone Natura 2000 et Natura 2000 en mer, ce qui confère une certaine protection au site. Faible protection face à la pression démographique constante et galopante. Le littoral connaît un engouement très attractif, avant même le confinement. En février, nous assistions à un atelier avec l’UBS et la région, qui nous disait 1 million d’habitants en plus d’ici 2040 en Bretagne. Gageons que ces habitants vont d’abord et avant tout se concentrer sur la frange littorale, au nord de Rennes puis en Bretagne sud…

En mars, le confinement, et la dure réalité du citadin qui comprend soudain qu’en lieu et place des services au pas de sa porte, il préfère un jardin et le chant du coq.

Il va s’établir un équilibre, au fil du temps, sur ces vocations campagnardes spontanées, un ou deux hivers à vivre dans une rue sans éclairage public et où le pain est à six kilomètres, et le retour à la ville sera moins fracassant.

L’été, la Bretagne est très convoitée. La communauté de commune à laquelle nous appartenons voit sa population se multiplier entre 5 et 10 fois. Voire 15 pour certaines villes côtières.

Alors, en allant livrer les huîtres dans un de ces coins charmants, je vois bien les maisons et lotissements pousser comme des champignons, même là où le prix au mètre carré est indécent, laissant sur le bas côté la population permanente, pour créer des villes fantômes en hiver. Vient voir Quiberon ou Carnac début février.

Savent-ils, ces chanceux, savent-ils ce que coûte cette imperméabilisation des sols forcenée? savent-ils que malgré la promesse d’un réseau d’eau usé aux normes, il est saturé avant même que les fondations soient creusées?

La communauté de commune n’a rien fait depuis dix ans pour l’assainissement collectif et le problème est à leur porte, nous avons un retard incroyable sur la gestion de ces rejets et le traitement des eaux.

La Ria, espace riche à la biodiversité importante, est, comme la planète, un bien commun de l’humanité et à ce titre appartient à tout le monde et à personne en même temps. C’est un patrimoine que nous avons le devoir de préserver.

Ces magnifiques paysages que vient rechercher le touriste, visiter le photographe, naviguer le kayakiste, cet espace de tranquillité (quoique) et de sérénité, est menacé.

La crise sanitaire actuelle trouve son origine dans une rencontre qui n’aurait jamais dû se faire. L’anthropisation galopante a favorisé, et ce n’est que le début, le contact entre une espèce sauvage et l’être humain.

La pression démographique et immobilière sur notre littoral, effacera le paysage tel que nous le connaissons et l’aimons aujourd’hui.

Les stations défaillantes, les réseaux mal entretenus faute de moyens et de volonté politique, pour favoriser le gain de taxes foncières, excluent du schéma les productions locales, feront disparaître la pêche à pieds professionnelle et de loisir, et la profession qui a façonné et entretenu le littoral, l’ostréiculture. Pour ne parler que de ce que je constate.

L’été voit aussi débarquer nombre de camions aménagés, de camping-car, l’éclosion spontanée dans les champs ou les jardins privés, de cabanons, ou de construction en théorie temporaire, dont on constate pourtant la présence pérenne depuis des années. Cette cabanisation sauvage, loin du circuit de traitements des eaux sales, se fait à quelques centimètres de prés salés, où l’eau de mer pénètre par capillarité lors des grandes marées, aspirant et pompant les déchets plastiques ou organiques malencontreusement oubliés là…

L’inanité des communes, silencieuses, peut-être effrayées de cette évolution constante et rapide qui se fait sous leur nez sans qu’elles réagissent, me consterne. À quand des aires d’accueil aménagées pour ces nouvelles formes de mobilité à qui l’on ne peut rien reprocher, nomades modernes d’une vie sans attaches mais désireux souvent d’aller à la rencontre de « l’autre » et de paysages séduisants et nouveaux?

Début 2020, la zone ostréicole qu’est la ria, a été fermée à la vente pour raison sanitaires. Le fameux norovirus.

Depuis septembre et les premières « vraies » pluies, la profession est suspendue aux analyses d’Ifremer pour la qualité sanitaire de l’eau. Nous nous baignons tous les étés dans la ria, nous ne sommes pas inquiets, la zone est comme partout en Bretagne : « bleue ». Que fera le touriste quand il comprendra que les analyses d’eau pour la baignade sont bonnes alors qu’en parallèle l’eau est parfois impropre pour la consommation des huîtres? En boira t-il la tasse?

À l’échelle de l’entreprise, nous travaillons, toujours beaucoup, avec un peu moins de monde que prévu, pour tenir sur du plus long terme. Nous avons, comme tous les ostréiculteurs, un stock d’huîtres tout à fait conséquent! Pour éviter qu’elles ne se fatiguent, nous les remettons sur parc plutôt que les laisser accessible dans les bassins, en attendant de trouver preneur. Autant dire que les huîtres qui vous parviennent sont au top de leur fraîcheur. Elles sont bichonnées, parfois même lustrées à la brosse, oui, pour enlever cette mousse rouge qui se développe depuis quelques années en début d’automne sur certains parcs.

Dans l’actualité sympa, il y a de bons et jolis moments aussi, nous avons rencontré cet été Mégane Fleury qui est venue enregistrer les sons de l’eau et des oiseaux, avec des réponses aux questions qu’elle se posait sur notre travail et notre philosophie. Je la remercie grandement de ce reportage (clic) où elle a réussi à ne garder que le meilleur (parce que sur la durée de l’itw, j’en ai dit des bêtises !)

Et comme l’ostréiculture est un métier ouvert sur la nature et l’humain, nous avons aussi fait la connaissance de Maëlys Vésir, du magazine Kaizen (re clic) où elle met mon parcours à l’honneur! Avec Aline Pénitot il y a deux ans, j’aurais aussi de quoi faire de beaux portraits féminins… ces femmes puissantes dans l’ombre, si lumineuses.

Je t’invite, ami de l’huître et du bon, et du beau, à écouter le grand Jacques. C’est cadeau.

Cadeau.

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